Compte-rendu du week-end du GERPEN des 22 et 23 juin 2019.

Notre conférencier était Riccardo Lombardi, membre de la société psychanalytique italienne. Pierrette Poyet était discutante et Pascal Corde modérateur.
Le travail a commencé avec la conférence de R. Lombardi intitulée :
Adolescence et psychose. Perspective psychanalytique.

R. Lombardi a pensé que sa conférence lue sans arrière-plan clinique serait trop abstraite. Il a donc décidé

1° de commencer par nous lire des notes sur une séance d’un patient psychotique,
2° de lire ensuite sa conférence, puis de décrire ensuite deux autres séances de son patient.

Pour R. Lombardi il est très important de commencer un traitement psychanalytique dès la première crise psychotique et de ne pas attendre que les choses se calment comme cela est recommandé habituellement. Il a donc pris son patient, Simon, en traitement dès sa première crise psychotique et a institué aussitôt après ce premier entretien un cadre de 4 séances par semaine. Il a également souligné l’importance de ne pas travailler seul, mais de former une équipe avec un psychiatre chargé de l’aide pharmacologique et un autre chargé de recevoir la famille ou l’entourage du patient… L’aide apportée par l’équipe permet en effet à l’analyste de se concentrer sur l’élaboration du vécu « explosif » du patient qui caractérise la « crise psychotique ». La mise en route immédiate de la cure analytique a le mérite de donner un contenant psychique à l’intérieur duquel le patient peut peu à peu déposer et ordonner les pensées chaotiques et explosives qu’il ne peut contenir tout seul.
La première séance présentée a eu lieu au cours de la deuxième année de cette cure, à un moment où la crise aigüe avait régressé. R. Lombardi nous a montré comment il aidait son patient à reconnaître les mouvements de haine qui l’effrayait. Ainsi quand Simon se plaint de « devenir un glaçon » il interprète ce ressenti comme une défense contre « la haine qui pourrait nous dévorer vous et moi ». Quand son patient lui demande « pourquoi vous ne me regardez pas ? », au lieu d’interpréter comme un analyste plus « classique » le ferait il répond en regardant Julien et lui disant : Je vous regarde, Je suis avec vous » soulignant ainsi le caractère réel du lien entre lui et son patient.
R. Lombardi lit ensuite sa conférence. Il souligne l’importance de l’explosivité émotionnelle pendant la « crise psychotique » et le risque pour la psyché ainsi débordée de toutes parts de devenir un « glaçon ». Le rôle de l’analyste à ce stade est avant tout de « contenir » ces pensées explosives. Puis il insiste sur le fait que ces crises ne sont pas seulement destructrices mais sont aussi des crises évolutives. Le premier objectif de l’analyste est de construire un dialogue. Pour y arriver il doit assurer l’interprétation (référence à Mélanie Klein) et faire preuve d’empathie (école américaine). L’écoute et l’accueil émotionnel sont ici nécessaires contrairement aux directives de mise à distance données par S. Freud dans la cure des patients névrotiques. Il est possible de proposer au patient de s’allonger sur le divan mais au début le face à face est sans doute préférable ; il permet à l’analyste d’accueillir le regard du patient. Commence alors le travail de métabolisation interne. L’analyste doit aider le patient à évoluer d’une pensée concrète à une pensée symbolique. Il ne doit pas interpréter trop vite en termes transférentiels (H. Rosenfeld, « Impasse et interprétation ») mais plutôt aider le patient à « aller vers lui-même », à se comprendre, à mettre des mots sur ses sensations et ses attitudes corporelles.
R. Lombardi évoque aussi le vécu contre-transférentiel de l’analyste aux prises avec cette confrontation à un patient psychotique. Il évoque un accident grave de vélo qu’il a eu pendant une cure de ce type et la nécessité qu’il a ressenti alors de faire une deuxième analyse pour être plus au clair avec ses propres mouvements inconscients de violence. La logique psychotique n’est pas celle d’Aristote ; c’est une logique infiltrée de processus primaire. Deux auteurs italiens parlent d’une « pensée paléo-logique » qui, telle un acide, peut avoir des effets destructeurs très violents. Il parle ici du « principe de symétrie » tel que l’a développé Matteo Blanco. L’analyste doit aider le patient à revenir à une vue plus juste, et donc plus « asymétrique », de la réalité. R. Lombardi enfin souligne le danger de s’accrocher à des théories psychanalytiques préétablies : le travail ici doit se centrer sur les modèles mentaux du patient tels que l’observation de ses attitudes corporelles et de son discours peut nous les révéler. Il faut arriver à comprendre les besoins primaires du patient. Il revient alors sur l’importance des mouvements de haine. Tout en restant « empathique », il importe de maintenir une distance suffisante pour que le patient puisse amener cette haine dans le transfert et qu’ainsi elle devienne analysable. Comme il le disait : « le transfert négatif est très positif ! ». Si la dimension homicide vient dans le transfert elle peut alors se transformer et devenir gérable.
Le lien psyché/corps pose problème dans la psychose. Le transfert sur le corps peut devenir très négatif. Cela apparaît chez des patients qui refusent de se regarder dans un miroir. Il faut être sans corps. La perception du temps qui passe est aussi très perturbée. L’horloge est arrêtée. La découverte du temps au cours de l’analyse peut s’avérer très troublante, source d’un « changement catastrophique » (Bion), avec parfois un risque suicidaire. Pour le psychotique le temps n’existe pas et l’analyste doit attirer l’attention du patient sur son existence. La naissance psychologique rompt l’immobilité psychotique, et cela suscite de la haine contre cette mise en mouvement. S. Resnik souligne cette haine volcanique liée à la remise en mouvement de l’espace et du temps.
Après la pause Riccardo Lombardi nous a parlé de deux autres séances avec ce même patient, puis Pierrette Poyet nous a fait part de ses réflexions sur cette conférence. Elle a repris quelques thèmes traités par R. Lombardi :
L’importance de supporter de ne pas comprendre tout de suite, de tolérer le trouble et les incertitudes, la « capacité négative (Bion).
La prise en compte du contre transfert corporel de l’analyste.
L’existence d’une partie névrotique de la personnalité qui peut coopérer avec l’analyste.
Les notions de symétrie et asymétrie telles que Matteo Blanco les a développées. Cette symétrie se traduit par la perte ou la non-acquisition des différences qui permettent de construire une image de soi et du monde en accord avec la réalité.
Une table ronde a suivi
Didier Houzel a relié la symétrie de Matteo Blanco à l’équation symbolique d’Hanna Segal. Il a rappelé l’exemple qu’elle donne de ce patient qui ne peut jouer du violon en public. Pour lui jouer du violon c’est se masturber. Il ne fait aucune différence entre les deux…
Régine Prat souligne que les propositions de R. Lombardi s’opposent sur certains points avec ce que notre formation d’analyste nous a appris. On a appris à laisser passer la crise avant de commencer une cure analytique, à interpréter dans le transfert, à négliger les attitudes corporelles… R. Lombardi propose une approche qui modifie tout cela…
R. Lombardi est revenu alors sur la forte influence sur sa pratique des idées de Matteo Blanco. Cet auteur est « détoxiquant », il nous invite à affronter l’Inconscient, et invite l’analyste à tenir compte de son ressenti corporel.
Le dimanche matin la présentation d’un cas clinique d’un patient psychotique a permis de développer tout ce qui avait été apporté la veille par R. Lombardi, en particulier l’attention aux attitudes corporelles du patient et au ressenti corporel de l’analyste.
Jacques Touzé, le 01 juillet 2019


« FRANCOIS JULLIEN au Gerpen : Résumé et discussion ».

Comptes rendus réalisés par Géraldine Le Roy, Participant aux activités du 4ème groupe.

Week-end du Gerpen des 1er et 2 décembre 2018
Quand la philosophie interroge la psychanalyse…

Le philosophe helléniste et sinologue François Jullien était l’invité du Gerpen pour ce week-end de dialogue entre la psychanalyse et une autre discipline.
En introduction, Jean-Claude Guillaume a suggéré de remplacer le terme de « différence », qui suscite si aisément clivage et exclusion, par celui d’ « écart » qui fait émerger une tension créatrice entre deux pôles. Ce terme d’écart constituera une sorte de fil rouge tout au long du week-end.
François Jullien nous précise d’emblée qu’il n’a de la psychanalyse qu’une connaissance théorique. Il explique qu’il s’est intéressé à la Chine pour se confronter à l’ailleurs et à un certain dénuement. Cette expérience l’a amené à s’interroger sur la manière dont on pense ailleurs. Il s’agissait là aussi pour lui de pouvoir interroger la pensée occidentale de l’extérieur, afin de pouvoir ainsi discerner ce qui, dans cette pensée, relève d’un choix et non de l’évidence. Il ne compare pas la pensée occidentale et la pensée chinoise, mais observe l’écart entre elles.
Le philosophe conçoit la psychanalyse (à laquelle il a consacré un ouvrage ) comme une manière d’ouvrir un écart dans la pensée européenne, mais cette entreprise reste, à ses yeux, prise dans la pensée européenne. Il évoque à ce sujet l’écart qui existe entre la théorie et la clinique psychanalytique pour lui plus libre.
Reprenant le propos de son ouvrage de 2012, il évoque cinq concepts inspirés de la pensée chinoise :
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l’attention flottante qu’il met au regard de la disponibilité comme ouverture aux possibles présente dans la pensée chinoise…
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l’allusivité : la pensée grecque envisage la parole comme le fait de dire, l’allusion est une parole qui vient jouer autour…
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l’influence : la pensée occidentale a choisi de penser le sujet comme maître en sa demeure, une notion largement mise en brèche par la formulation freudienne de l’inconscient. La pensée chinoise ne pense pas l’influence comme un procédé de suggestion aliénante, mais plutôt comme le mode d’avènement de toute réalité. Ainsi le vent est-il pensé à travers son influence sur la nature, ses effets…
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défaire la fixation : il s’agit là de maintenir du mouvement, de l’évolution… La pensée chinoise ne connaît pas le mal en tant que tel, mais elle pense le non-bien, ce qui bloque…
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la transformation silencieuse versus l’événement sonore : il souligne que la pensée occidentale s’est surtout rangée sur le visuel et la pensée chinoise sur l’ouïe. La transformation silencieuse opère sans bruit car elle est globale et continue. On pense là à l’intitulé de l’exposition récemment consacrée à Freud par le musée d’art juif « Du regard à l’écoute ».
Suivent plusieurs questions :
. Platon a distingué le sensible (qui renvoie à l’expérience) de l’intelligible (la métaphysique). Faut-il se débarrasser de la métaphysique, qui est une dimension absente de la pensée chinoise, demande François Jullien ? Il suggère plutôt de garder des minima métaphysiques, c’est-à-dire pour lui quelque chose qui est du côté de ce qu’il nomme « l’exister », ce qui nous permet de sortir de notre adaptation au monde, comme une brèche où s’engouffre la vie. Si la pensée grecque est une pensée de l’être qui recherche la clarté et l’abstraction, la pensée chinoise est une pensée du « vivre » pour laquelle « exister, c’est se tenir hors de ».
. L’écart entre le plaisir (de l’ordre du physique) et la jouissance (de l’ordre de la métaphysique). Il évoque à ce point la pensée de Lacan qui, selon lui, a réduit en miettes la jouissance…
. L’in-ouï : la psychanalyse vise-t-elle à faire entendre l’in-ouï ? L’in-ouï se situe à ses yeux du côté de ce que la pensée chinoise appelle la vraie vie, ce qui échappe à notre appréhension coutumière…
Le discutant, Bruno Servant de la SPP, a ensuite associé sur les concepts proposés par François Jullien puis suggéré de réfléchir à d’autres points également évoqués par ce dernier :
. l’intime : la psychanalyse invite à une rencontre avec soi-même à travers la rencontre avec l’autre. Cette rencontre avec l’autre suscite une sortie de soi, un enrichissement de soi et un accès à l’universel.
. la rencontre : elle est conçue différemment par la pensée grecque qui envisage l’autre avant tout comme un « non même » et la pensée hébraïque qui voit l’autre comme radicalement autre (Dieu est autre).
A suivi une présentation clinique de Brigitte Moïse-Durand intitulée « De la rencontre à l’intime » qui illustrait à merveille la notion d’écart proposée en introduction : écart entre la demande initiale de la patiente (aide à la traduction) et la proposition de l’analyste (analyse), écart chez cette patiente entre deux langues (la langue vietnamienne chargée d’émotions et la langue française, espace de liberté et langue de l’analyse, mais aussi peut-être dans un premier temps seul véhicule possible pour aborder les émotions sans risque), écart entre deux cultures et deux modes de pensée chez cette jeune femme d’origine vietnamienne devenue religieuse catholique…
En écho à la question du sens posée par la patiente, François Jullien nous a rappelé qu’il s’agit là d’une question occidentale. La pensée chinoise parle elle de « nourrir sa vie », de vie alerte, de vitalité…
Lors de la table ronde qui a suivi, Didier Houzel a repris la notion de minimum métaphysique, déclinant celle-ci pour la psychanalyse en terme de rencontre entre l’analyste et l’analysant et de rencontre de l’analysant avec son inconscient… Il a ensuite souligné que la psychiatrie actuelle évacue cette question du sens en s’intéressant aux maladies du cerveau…
S’interrogeant sur la question de la jouissance il a évoqué la bien mystérieuse transformation en O de Bion…
François Jullien a ensuite attiré notre attention sur le fait que la pensée grecque vise la construction d’une idéalité, idéalité qui peut être également politique. A ses yeux, l’’Europe a laissé tomber cette idéalité. Il précise que la notion d’idéalité est absente de la pensée chinoise.
A suivi une discussion sur l’écart entre sens et cohérence. La pensée chinoise est une pensée de la cohérence et non du sens. Il s’agit de saisir comment les choses tiennent ensemble. La psychanalyse est une pensée du sens, mais la pratique clinique ne vise-t-elle pas à restaurer une cohérence pour le sujet ?
Parler de pensées amène aussi à parler de ce qui véhicule les pensées, c’est-à-dire les langues et les traductions. La traduction amène à réfléchir aux partis pris culturels qui président à la création du texte. Elle ouvre aussi une nouvelle vie à celui-ci.
C’est sur ces réflexions si pertinentes par rapport à l’histoire du Gerpen (accueil de Meltzer et d’autres conférenciers venus d’autres langues, dont il s’agit de traduire les propos et la pensée) que s’est achevé le week-end.
Anny Finet et Géraldine Le Roy


DISCUSSION F. JULLIEN GERPEN 1er décembre 18.

Benoit SERVANT


1/ Les interrogations de FJ à propos de la Psychanalyse :

Je proposerai de poursuivre et discuter la réflexion de FJ plus particulièrement à propos de la rencontre et de l’Autre, qui me semblent spécialement intéressants pour la clinique psychanalytique.
Mais je vais le faire en revenant rapidement sur le regard posé par FJ sur la psychanalyse, car il nous aide à mettre en évidence certaines tensions au sein de notre champ, qui éclaireront en retour la question de la rencontre.

Je voudrais montrer comment le regard que FJ pose sur la psychanalyse nous aide à penser les enjeux d’une forme d’ambivalence de la psychanalyse dans ce qu’elle affirme elle-même, qui s’est manifestée dans un certains nombre de débats internes à notre champ.


Issues de « Cinq Concepts » :

- ambivalence de la psychanalyse disponibilité versus liberté
- ambivalence allusivité versus interprétation-théorisation
- ambivalence biais, oblique, influence versus surélaboration-dogmatisme
- ambivalence solipsisme versus rôle de l’environnement
- ambivalence vérité versus défixation
- ambivalence eros versus idéal (dans « L’invention de l’idéal et le destin de l’Europe »)

L’ensemble de ces ambivalences dessine une opposition entre conception « traditionnelle » (que l’on retrouverait dans la chinoise) où l’homme est conçu comme partie de l’univers et de son flux vital dans lequel il doit s’inscrire ; et conception moderne, européenne (grecque ?) d’un sujet opposé au monde qu’il va tenter de maîtriser, par la connaissance, la recherche de la vérité.
Recouvre la double filiation de la pensée freudienne, des Lumières et du Romantisme.

Issues de notre première rencontre (Rfp Psychanalyse dans la culture)

- épuisement de sa capacité d’ébranlement
- « bonne conscience » alors qu’il y a une forme d’indifférence à la psychanalyse
- pesanteurs théoriques : causalité, inconscient repris dans le langage de la conscience
- enjeu de vérité (versus « défixation »)
- surélaboration et dogmatisme
- ambiguïté de la psychanalyse acte-sujet versus processus-agieren
- place du désir et de la passion, de la dramaturgie.
FJ valorisant donc de son côté plus la conception « traditionnelle » qui a décentré la pensée européenne.

Issues de certains textes analysés dans mon texte pour le Cahier de L’Herne consacré à FJ :

Qui selon moi peuvent nous éclairer sur certains débats intra-psychanalytiques :

-
Du Mal/ du négatif : me semble pouvoir intervenir dans les débats actuels sur la prise en charge des conjoncture présentant une forte destructivité ; des aménagements de de l’implication que cela requiert des thérapeutes ; du risque d’hypostase du mal associé à la notion de « pulsion de mort ».

-
 De l’intime. Loin du bruyant amour  me semble de même nous encourager à une position résolutive dans l’opposition entre « apathie » et « empathie » parmi les psychanalystes : la réflexion de François Jullien sur l’intime, en montrant que s’y déploie un accès possible au plus profond de soi, par la présence d’un Autre sur lequel on n’a « plus de visée », à la condition « qu’on ne projette plus de dessein sur lui ; c’est-à-dire qu’on ne veuille plus ni n’attende rien de lui ; qu’on dégage cette relation de toute finalité et de tout intérêt » (p. 113), et qu’ainsi, « un Extérieur transcendant à soi se découvre au plus dedans de soi », me semble ici rejoindre en un sens le souci de ces psychanalystes : aller suffisamment vers leur patient, au plus proche de leur vie psychique, pour leur ouvrir une espace tiers qui redonne une place à chacun, là où leurs tempêtes intérieures tiennent à la confusion des places et à l’indifférenciation.
C’est bien à partir de la position d’altérité de l’analyste (dont le patient ne sait quasiment rien), associée à son
attention flottante à sa parole, ainsi qu’à son implication dans ses agirs éventuels, que peut se faire la conjonction partageable entre les scènes intra et intersubjectives.
- Enfin,
« vivre en existant » et « une seconde vie », propose une réflexion intéressante pour la question des cures interminables, dont analyste et analysant ne parviendraient pas à se dégager, avec la notion de rupture et d’après-coup, et la distinction entre le et la métaphysique, que l’on pourrait appliquer à la métapsychologie.

Il me semble que dans ces débats intra-psychanalytiques, ce n’est plus tant la question de la position du sujet, en surplomb ou au contraire plongé dans le monde qui est en question, que celle de l’analyste lui-même, mais également par rapport à cette alternative surplomb/ « engagement » dans la relation au patient.

Mais FJ ne nous répond-il pas d’une certaine manière, quand il propose après le temps du vivre (immersion dans le vital), celui de l’existence, qui est décollement, désadhérence. Indiquant alors que ces deux polarités sont importantes ?

Issues enfin de notre second entretien pour le Rfp, autour de l’identité (à paraître) :
De celui-ci, je retiendrai en particulier les questions=
- de la
fiabilité, opposée à la valeur de sincérité, si importante dans notre pratique clinique.
- de la
situation :
- « ce qui revient au soi est de se mettre en phase avec ce qui n’est pas soi, au lieu de s’en retrancher ; […] le sujet se tient donc au creux de la configuration des choses, et s’y love adroitement, plutôt que de s’imposer en début premier. »
- : « la moralité est alors de répondre à tous les possibles de la situation, sans en laisser perdre, c’est-à-dire d’en épouser la globalité, pour ne pas être conduit à sombrer, non dans l’ « erreur » (l’obsession de la philosophie), mais dans la
partialité. »
-
de l’ex-istence et de la rencontre :
-
ex-istence : la légitimité du sujet ne peut découler que de son « ex-istence », dans laquelle il se découvre par sa capacité à s’extraire de son implication dans le « monde ». (« Vivre en existant » ; « Décoïncidence »)
-
rencontre : « C’est au prorata de ce que j’ai pu (su) rencontrer que, défaisant la clôture enlisante de mon moi, je me suis promu en sujet, m’en « tenant hors », autrement dit ex-istant. » « Une rencontre n’est en effet possible qu’au prix de ce paradoxe : il faut que l’Autre soit enfin si près, entrant en présence, mais que se maintienne en même temps son altérité » (« Si près, tout autre »).

Ainsi, la rencontre est l’expérience privilégiée pour accéder à l’ex-istence. Cela va nous permettre d’en mesurer l’enjeu pour notre pratique, dans le cadre de la relation thérapeutique, de la rencontre thérapeutique (mais aussi de nos rencontres avec FJ…)

Valeur de la psychanalyse tient peut-être à cette ambivalence, qui la rend instable, à la condition qu’elle l’assume, et donc trouve dans ces tensions une richesse, et non une raison de se rigidifier de manière obsidionale dans ses certitudes. A commencer par ses querelles internes, qui renvoient probablement à cette tension « structurelle » (entre modernité et pensée pré ou anti-moderne).


Réciproquement, l’intérêt des psychanalystes pour F. Jullien vient peut-être de ce qu’il nous aide à prendre conscience de cette tension interne et féconde.



2/ Intérêt du point de vue de FJ sur la Rencontre pour notre conception de la Rencontre en clinique.
Cette réflexion me semble originale parce qu’elle souligne, dans la richesse de la rencontre, la conjonction de l’altérité et de l’intimité.
Ainsi il faut prendre en compte à la fois la sortie de soi qu’elle suscite, le refus de l’assimilation à soi (qui la réduirait), et ce qu’elle apporte au contraire : douceur de l’intime, accès à l’universel.
Il faut donc la concevoir comme un enrichissement, une augmentation de soi, ce qui me semble pouvoir se comprendre comme ce qui permet au sujet de prendre conscience d’une part intime de lui-même qui le fait accéder à l’universel, à sa familiarité avec le monde.


F. Jullien : (« Si près, tout autre »)
p. 181 : « Dès lors que je rencontre l’Autre il découle, du fait même de la rencontre, c’est-à-dire de cette effraction et déclôturation du moi qu’opère en soi la rencontre, une prise en compte de l’Autre en tant qu’autre et comme tel débordant le moi, par là défaisant son égocentrisme, dont je ne peux dénouer la contrainte qu’en renonçant à la rencontre ».
p. 180 : « La rencontre, en s’approfondissant en rencontre de l’humain dans l’autre homme, comme d’elle-même elle y est portée, s’en trouve de ce fait désindividuée : elle accède à une universalité qui n’est plus de prescription formelle et posée en principe, comme dans le devoir, mais procède d’un déploiement indéfiniment extensif ».
p. 182 : « Dès lors que je te rencontre, il y a de plus en plus de choses que je ne fais plus, que je ne me permets plus de faire envers toi. Car cette frontière, de toi à moi, la rencontre a commencé, sans même qu’on y songe, de l’entamer ».
p. 185 «  Le fruit existentiel de la rencontre est d’introduire à l’intime. […] : laisser entrer l’Autre extérieur au-dedans et même au plus dedans de soi (intimus). A la violence de la rencontre, fissurant ou fracturant le moi, fait suite la « douceur » infinie de l’intime. Entrer en rapport intime est le contraire d’assimiler ; entre l’Autre et soi, dans cet entre intensif entrouvert par débordement réciproque de Soi par l’Autre demeurant autre, peut se déployer, en regard à l’Autre, un « égard » partagé ».
p. 191 « C’est la capacité d’existence, en permettant de se « tenir dehors », qui rend possible de rencontrer l’Autre. »
p. 192 : « Il ne s’agit pas de priorité (de l’Autre sur soi) qui, comme telle, est comparative et mettrait en rivalité l’Autre et soi ; mais bien d’intimité, se découvrant superlativement (surabondamment) au « plus dedans de soi ».
p. 193 : « Sinon, je ne peux plus que désirer le rendre semblable à moi, pour ne pas être désapproprié de moi ».

La Rencontre apparaît ici comme la « solution » face à la contradiction relevée entre immersion dans le monde d’un côté, écart, ex-istence de l’autre. Car la rencontre est à la fois déclôturation du moi, ouverture de celui-ci sur ce qu’il n’est pas, mais aussi mise en échec de sa position de surplomb, de maîtrise, et accès à un troisième terme, qui est l’accès à un rapport intime ; or celui-ci dépend entièrement de la qualité du lien entre les deux personnes, de leur capacité d’accueil réciproque à l’altérité de l’autre. Car si celle-ci n’est pas présente, c’est bien sûr tout l’inverse qui peut se produire.
La rencontre « réussie » tenterait de conjoindre une position de déprise du sujet (de part et d’autre d’ailleurs), d’abandon et de confiance (comme celle « préconisée » par la sagesse chinoise du « vivre »), et la possibilité d’une « re-prise » (? ) par le partage avec un autre, permettant une vue commune sur le monde ; car cette douceur de l’intime est bien cette possibilité de partager l’expérience intérieure, de sortir du solipsisme, non pour accéder à une vérité universelle, mais du moins une expérience partagée à deux (cf l’exemple du livre de Simenon, « Le train », d’une rencontre au milieu du désastre).
A défaut d’harmonie entre soi et l’univers, harmonie entre soi et un autre humain.
Ce qui est tellement précieux dans le deuil, quand tout s’effondre : que cette expérience puisse du moins se partager.
Proust : « Bouleversement de toute ma personne. Dès la première nuit, comme je souffrais d’une crise de fatigue cardiaque, tâchant de dompter ma souffrance, je me baissais avec lenteur et prudence pour me déchausser. Mais à peine eux-je touché le premier bouton de ma bottine, ma poitrine s’enfla, remplie d’une présence inconnue, divine, des sanglots me secouèrent, des larmes ruisselèrent de mes yeux. L’être qui venait à mon secours, qui me sauvait de la sécheresse de l’âme, c’était celui qui, plusieurs années auparavant, dans un moment de détresse et de solitude identiques, dans un moment où je n’avais plus rien de moi, était entré, et qui m’avait rendu à moi-même, car il était moi et plus que moi (le contenant qui est plus que le contenu et me l’apportait). Je venais d’apercevoir dans ma mémoire, penché sur ma fatigue, le visage tendre, préoccupé et déçu de ma grand-mère telle qu’elle avait été ce premier soir d’arrivée (…) dont (…) je retrouvais dans un souvenir involontaire et complet la réalité vivante ».

Or c’est bien ce que nous rencontrons en clinique :


1/
Tout d’abord dans ce que nous pouvons comprendre de l’origine de la souffrance de nos patients : la défaillance du miroir maternel pour aider l’enfant à affronter toutes les désadaptations du monde envers lui.
Cette défaillance qui fait que l’Autre n’est non seulement pas secourable (Nebenmensch), mais menaçant.
En quelque sorte, pour que nous soyons en mesure de nous confronter à l’altérité de l’Autre (telle que la décrit FJ) en ce qu’il nous ouvre à autre chose que nous-même, à toute cette part inconnue de nous, il faut que nous ayons eu préalablement l’expérience de ce que l’autre nous ait au contraire restitué à nous-même, à un âge où notre moi n’était pas constitué.
Il est nécessaire que nous ayons acquis une confiance suffisante dans sa fiabilité fondamentale, pour que nous acceptions de nous abandonner à ce qui dans un premier temps peut nous sembler une perte d’identité, de consistance, d’existence, car nous savons qu’elle n’est que suspendue.
Si ce n’est pas le cas, cela produit inévitablement à l’inverse une méfiance radicale envers autrui, le besoin de s’en rendre maître, de s’en protéger, par le délire, l’emprise, la toute-puissance (car cela ne nous dispense pas pour autant de ce besoin irrépressible que nous avons d’autrui: mais justement, ainsi que le dit Ph Jeammet, c’est ce dont nous sommes le plus dépendants que nous ne pouvons supporter).
La pathologie vient de ce que certaines expériences humaines essentielles, qui font appel à l’empathie, la compassion des proches (le Nebenmensch de Freud), ont été déniées, refusées par les proches des futurs patients, comme si elles étaient intolérables, trop menaçantes (sans doute parce qu’elle imposent cette proximité)
Ce qui s’oppose bien sûr aux pathologies névrotiques, où ici effectivement l’analyse vise à nous permettre de sortir de toutes les barrières que nous avons érigées, par la confrontation à notre altérité interne, grâce à l’altérité de l’analyste.
Dans les conjonctures psychotiques ou limites au contraire, l’analyste aura à aider le patient à se reconstituer des défenses face à ce qui le menace, à représenter longtemps un objet secourable face aux dangers internes et externes, qui pourra lui redonner confiance, souvent par le fait de partager les expériences de détresse et de menace, dans la capacité transformatrice et protectrice du lien interhumain.

2/
La capacité de rencontrer l’Autre est donc à l’inverse ce qui nous échoie comme psychanalystes.
Il s’agit bien d’accepter le patient dans son altérité, sa singularité, son ipséité, là où ses troubles rendent précisément difficile son acceptation par les autres (n’est-ce pas la définition même du trouble psychique que cette désadaptation à ce qui est attendu dans les relations humaines ?).
Avec le fait qu’à la souffrance internalisée des névrosés, on oppose le fait que les troubles psychotiques et limites se déploient souvent dans la relation, et provoquent une souffrance de l’entourage.
Souffrance et désadaptation qui viennent sans doute de ce que l’expérience de désadaptation première de la mère a amené le sujet à un certain nombre de réactions pour se protéger du heurt effractif avec la réalité, qui sont autant de tentatives pour essayer de se passer de l’autre, mais qui reviennent en boomerang quand cela n’est plus possible et que le sujet tente alors d’imposer à l’autre la place qu’il attend de lui.

C’est ici qu’intervient l’analyste : au moment où le sujet est amené à reconnaître qu’il n’arrive plus à rencontrer l’autre dans la vie normale, que cette rencontre est trop souvent source de malentendus et de souffrance.

Le rôle de l’analyste dans ces conjonctures ne pourra alors être de renvoyer simplement au patient la dimension intra-psychique de ce qui se déploie sur la scène intersubjective (même si la consultation du psychanalyste le sous-entend).
Il devra peu ou prou accepter que la cure ait à repasser par les étapes qui ont manqué dans les premiers âges. Et donc accepter dans un premier temps un accueil inconditionnel de l’altérité du patient. C’est d’ailleurs souvent ce que le patient teste dans les premiers temps (ou peut-être plutôt second) de la rencontre.
Ce qui meut l’analyste (en tout cas me meut moi…), c’est l’anticipation de ce que cette attitude d’accueil inconditionnel va effectivement permettre au patient de reprendre confiance dans l’autre, aller mieux, et de la sorte de reconnaissance qui en découlera.

Car il faut bien à cette occasion s’interroger sur ce qui nous amène à nous engager dans des situations au premier abord si difficiles, douloureuses, angoissantes.
Il semble bien qu’ici la description de la rencontre avec l’Autre de FJ corresponde à notre expérience ; qu’il s’agisse de nous laisser déborder par cette rencontre, bousculer.
Quant à la douceur de l’intime, ce sera éventuellement la « récompense », mais souvent après un certain temps. Mais il est vrai qu’elle est particulièrement gratifiante.
Il est probable que c’est notre propre peur de la détresse infantile que nous exorcisons ainsi à chaque fois, et ce qui fait que nous y retournons malgré tout.
Ce qui est attendu de l’analyste, étant ce qui a manqué au patient, serait cette capacité d’accepter l’intimité avec l’autre, ce dont les parents ont été incapables. Ce qui serait insupportables pour certains dans cette expérience, c’est la dépendance qu’elle représente : se laisser toucher par un autre sur lequel on n’a pas de prise. L’analyste le peut parce qu’il a lui-même fait cette expérience lors de sa propre analyse.


J’ai exposé ici ce qui est ma manière de voir, largement inspirée d’un certain courant de la psychanalyse, Winnicott et aujourd’hui Roussillon.
Or c’est une conception qui est sensiblement critiquée par des psychanalystes qui se disent plus fidèles à Freud : ceux-ci s’inquiètent de la mise au second plan des pulsions et de leurs conflits, au profit de la référence au narcissisme, à l’identité et à la relation d’objet, qui va avec une prise en compte de la réalité externe et pas seulement de la réalité interne.

Ces psychanalystes freudiens « orthodoxes » craignent une édulcoration de la pensée freudienne chez les autres : elle y perdrait le vif de son tranchant, lié à la reconnaissance de la violence des pulsions, de vie comme de mort. Et ils critiquent la confiance des seconds dans les vertus de l’accueil inconditionnel, donc d’une certaine bienveillance, empathie, et volonté de soigner, fortement suspecte de masquer un sadisme sous-jacent… Naïfs ou pervers en quelque sorte…
Mon point de vue est que les freudiens « orthodoxes » adoptent au fond une attitude de surplomb, référée à la métapsychologie, méfiante envers l’empathie et l’implication de l’analyste ; elle adopte volontiers un vocabulaire guerrier, héroïque, viril, pour stigmatiser l’attitude mièvre, consolatrice, maternelle des winnicottiens.

L’intérêt de la réflexion de FJ sur ce plan, c’est qu’il voit précisément dans la rencontre non un facteur d’édulcoration, mais au contraire une expérience quasi-effractive.
Que cette intimité recherchée, est intimité dans l’altérité, capacité à soutenir cette altérité.
Or n’est-ce pas ce que l’on peut souhaiter de la relation première : que la mère réflète son enfant tout en acceptant sa différence irréductible ; que l’enfant investisse sa mère tout en se confrontant à ses messages énigmatiques et à la censure de l’amante ?

La question en clinique, selon moi, c’est qu’il s’agit de savoir si cette expérience est alors féconde ou traumatique.
Ce pourquoi, tant qu’à faire, il n’est peut-être pas inutile qu’elle commence chez l’analyste lui-même (et parfois certains de fait n’y résistent pas ; certaines mauvaise langues y voient même l’une des origines de séances ultra-courtes chez Lacan).
Et si lui-même y a survécu, alors il pourra y accompagner son patient.
Peut-on considérer que c’est cette difficulté structurelle qui rend compte de ce différend entre psychanalystes, et écoles de psychanalyse ? Cette confrontation à l’altérité, si menaçante, à quoi sont soumis les psy, et qui explique la tentation toujours renouvelée du surplomb, de la maîtrise : le discours savant qui prétend arraisonner la folie (qui prend parfois la forme de la séduction narcissique, par identification à l’agresseur : surjouer l’altérité, comme Lacan), ou à l’inverse de l’annulation de cette altérité dans une empathie excessive ?
Dans les formes bénéfiques de relation thérapeutique, l’asymétrie n’est pas complète, et surtout pas instrumentalisée : c’est d’une certaine manière l’analyste qui doit affronter l’altérité du patient ; tout d’abord en la respectant, la reconnaissant ; de son côté, l’analyste dispose de son expérience de l’analyse, et donc de la possibilité de transformer la détresse et la dépendance en une relation d’aide à visée émancipatrice. Et précisément, il s’agirait au fond de partager une expérience de la détresse et de son surmontement par la présence engagée

3/ Viendrait alors ici la place de la métaphore dans la relation thérapeutique, comme voie de résolution de cette contradiction implication/neutralité (et longement évoquée par FJ dans son livre à paraître sur l’inouï).

Tout d’abord les troubles sévères de nos patients : psychose, pathologies narcissiques identitaires, s’accompagnent souvent d’une carence en capacité métaphorique. Il y a une sorte de collage entre la réalité externe et ses représentations, qui rendent tout jeu impossible, l’extérieur vite persécutant, et le sujet ayant l’impression qu’il n’a le choix qu’entre la soumission ou l’emprise.

En regard, nous nous trouvons sollicités par ce type de patients d’être avec eux ou alors contre eux, sans beaucoup de marge de manœuvre non plus. Et nous éprouvons précisément le besoin de retrouver un peu de jeu.

Une manière en est souvent de permettre que ce que le patient nous adresse sous une forme souvent agie (même par la parole), visant à agir sur nous, nous puissions la recevoir comme un message, quelque chose qui renvoie au patient : quelque chose que le patient veut nous dire de lui. La réponse métaphorique, qui peut être teintée d’humour, peut alors aller dans ce sens.

Il me semble qu’un des aspects de la dynamique de la métaphore, c’est qu’elle révèle quelque chose de l’intime de celui qui la formule, par le fait même qu’elle est une création, et non conventionnelle (comme dans l’humour).

Dans ce « geste », le locuteur (ici l’analyste) se jette à l’eau, dans quelque chose qui témoigne de sa confiance dans sa capacité à nager, à se mouvoir dans le monde, et à retomber (plus ou moins) sur ses pattes.

C’est aussi un pari sur un partage possible de représentations implicites, latentes, donc de l’existence d’une aire commune intime.

Aire commune infiltrée par une dimension d’illusion, de toute puissance des mots, qui peuvent émanciper des contraintes et du surmoi (comme dans le mot d’esprit cité par Freud : le condamné à mort qui va être exécuté un lundi, et dit juste avant « voilà une semaine qui commence mal ! »).

La métaphore, le mot d’esprit, sont une invitation à l’interlocuteur à rejoindre le premier dans cet état d’esprit ludique.

Par la métaphore, réciproquement, le patient pourra nous faire entendre, comprendre, ce qu’il en est de son expérience. Avec ce qui est nécessaire d’approximation pour qu’il garde son for intérieur, la métaphore se situant à cette distance « utile ».
La métaphore est la seule manière de respecter la singularité du sujet, tout en étant en lien avec lui.
Elle permet ce qui a si souvent manqué à nos patients : le réfléchissement de leur expérience par la mère : réfléchissement qui aurait permis qu’il s’approprient leur expérience comme propre. Le partage de notre humaine condition (de vulnérabilité), mais aussi de souci de l’autre comme arrière-plan. La métaphore elle-même témoigne de ce qu’un partage est possible de l’expérience, mais qui n’annule pas l’individualité de chacun.







Compte-rendu du week-end du 2 et 3 juin 2018,
Christopher Bollas

Christopher Bollas est analyste de la Société de psychanalyse britannique où il fait partie du Groupe des Indépendants auquel appartenaient Balint et Winnicott. Il exerce actuellement en Californie. Peut-être est-ce de sa formation initiale en histoire et en littérature que découle son attention extrême à la langue, l’idiome qu’utilise chaque patient. Christopher Bollas est l’auteur d’une œuvre importante, encore peu traduite en français (Bollas, C. Le moment freudien, Ithaque, 2011).
Christopher Bollas était invité à parler de l’entrée dans la schizophrénie à l’adolescence, thème qu’il a souhaité élargir en invoquant la question plus vaste de l’espace et du temps à l’adolescence.
Ses premiers propos ont surpris et intrigué l’auditoire, puisqu’il a évoqué la possibilité de renverser le processus schizophrénique à l’adolescence, ce que nient beaucoup d’analystes. Il a aussitôt précisé qu’il fallait distinguer processus schizophrénique et schizophrénie, celle-ci désignant un état installé.
Entrant dans le vif du sujet, il a expliqué comment il travaillait. Avec un jeune qui vient de vivre ou est en train de vivre un moment psychotique, il n’hésite pas à questionner : « Dîtes-moi où vous étiez… «  Ses questions ramènent le jeune à la réalité. Dans ce moment si particulier, dit-il, l’esprit est perdu, l’autre en soi est perdu et le self reste seul face à un sentiment d’horreur. Parler du quotidien est sans risque et ramène l’adolescent à la réalité. L’angoisse est ainsi réduite et l’associativité peu à peu rétablie.
L’évocation du quotidien ramène le jeune au moment psychotique où il a été touché émotionnellement et affectivement. « Oh mon Dieu, vous n’êtes pas le fils de votre père ! C’est horrible. » Christopher Bollas insiste sur l’importance d’adopter une formulation qui recrée le lien du patient à l’affect, pour que celui-ci puisse retrouver conjointement un lien à l’espace et au temps. Il ne cherche pas à élucider le sens du moment psychotique, mais simplement à restaurer la fonction ordinaire du langage.
Avec un patient maniaco-dépressif (qui est à ses yeux souvent un enfant déprimé depuis longtemps), il s’y prend différemment, essayant d’introduire un peu de réflexion dans une pensée qui s’échappe. Il s’agit ici d’essayer de construire un lien entre une partie déprimée du soi et une partie maniaque du soi. Avec un tel patient, Christopher Bollas peut percevoir dans la séance l’amorce du cycle maniaque. Il s’efforce alors de « dégonfler le ballon », ce qui permet d’éviter une hospitalisation.
Il prescrit pour seul traitement des médicaments pour dormir, ce qui suppose de sa part une grande attention au processus psychotique en cours et une évaluation vigilante des risques.
La situation se présente différemment avec des patients anorexiques qui sont dans un jeu hystérique par rapport au thérapeute. Il peut leur dire : «  Vous avez besoin de gens qui s’occupent de vous, mais votre corps ne veut pas. Il veut rester enfant. C’est votre choix. Je comprends. » Il leur parle également des plaisirs de l’enfance et des déplaisirs de l’adolescence (sexualité…).
Christopher Bollas a l’habitude de recevoir ces adolescents en situation extrême 3 à 5 fois par semaine. Selon son expérience, avec les jeunes vivant un moment psychotique, ces rencontres peuvent durer quelques semaines, avec les jeunes en danger d’organisation bipolaire, plusieurs semaines suivies d’une psychothérapie au long cours. Avec les anorexiques, tout va dépendre de la qualité du transfert. Certains anorexiques recommencent à s’alimenter en une semaine.
Il parle d’un événement précipitant qui, au lieu de provoquer un rêve, provoque ici un moment psychotique.
Différenciant ce moment psychotique d’une schizophrénie installée, Christopher Bollas indique que le schizophrène chronique doit sans cesse se réinventer une nouvelle identité avec de nouveaux noms. Comment peut-il alors revenir au moment initial de la maladie ? Il est très difficile de revenir à la douleur catastrophique qui l’a précipité dans celle-ci. Il suggère d’utiliser des métaphores puissantes (« On dirait un génocide »…), ce que l’analyste ne peut faire que s’il vit lui-même intensément le drame du patient.
Interrogé sur la question de l’origine de la schizophrénie, Christopher Bollas déclare, après de longues années de pratique clinique auprès de schizophrènes, ne rien en savoir.
Régine Prat a réagi à l’intervention de Christopher Bollas en proposant, plutôt qu’une discussion point par point de celle-ci, quelques associations, notamment l’évocation très émouvante de moments d’effondrement et de rassemblement observés chez les bébés.
De nombreux points ont été soulevés dans la discussion subséquente, montrant à quel point la conférence de Christopher Bollas avait interpellé l’auditoire.
. Comment travailler aux urgences psychiatriques avec de tels patients avec lesquels il est si nécessaire de prendre du temps ?
. Comment nous mettre dans cette démarche résolument active avec ces patients alors que notre formation nous invite à cultiver le silence et à être vigilants à ne pas être intrusifs pour laisser se développer l’associativité du patient ?
. Le développement d’une prise de contact avec soi-même dès la petite enfance peut-il avoir une valeur préventive pour des effondrements psychiques ultérieurs ?
. Est-il pertinent de maintenir la distinction psychotique / non psychotique ?
Christopher Bollas a évoqué encore deux points :
. L’associativité : il suggère d’inviter les patients qui n’arrivent pas à associer librement à évoquer leur quotidien. Très vite ils retrouvent une associativité. Il distingue pour sa part les troubles de l’associativité sur le mode de la fragmentation schizophrénique des troubles de l’associativité sur le mode de l’aplatissement (pensée opératoire), et souligne que dans les deux cas, une attitude beaucoup plus active et une présence bien vivante de l’analyste sont requises.
. Le connu non pensé : Freud a parlé des impressions des choses qui forment le refoulé primaire. Pour Bollas, ce refoulé primaire forme la première structure du moi. C’est un connu non pensé, constamment à l’œuvre.
Le week-end s’est achevé avec une présentation clinique de Bruno Romazin à propos de laquelle Chritopher Bollas a insisté sur la rythmicité des communications entre patient et analyste et le dévoilement d’une structure narrative circulaire de type autistique dans laquelle le même motif revient en boucle sans pouvoir se développer.
Géraldine Le Roy



Compte-rendu du week-end du GERPEN des 2-3 décembre 2017
L’esprit, le cerveau et le monde interne

Mark Solms, président de l’Association psychanalytique d’Afrique du Sud et professeur de neuropsychologie à l’université du Cap, était invité à dialoguer avec René Roussillon. Deux figures marquantes de la psychanalyse se retrouvaient donc puisque tous deux ont obtenu le prix Sigourney (Mark Solms en 2007 et René Roussillon en 2012) qui récompense des personnalités ayant apporté une contribution significative à la psychanalyse.
Le week-end a commencé par une conférence de Mark Solms. Troublé par l’absence de connaissance des chercheurs sur le versant affectif des atteintes neurologiques, c’est à la question de l’articulation entre le psychique et les neurosciences qu’il a souhaité consacrer ses recherches. Mu par un immense respect pour Freud, il s’efforce d’introduire les concepts psychanalytiques dans le champ de recherche des neurosciences.
Il a choisi lors de ce week-end d’aborder deux thèmes :
L’interprétation des rêves et les neurosciences 
Freud considère que le rêve est là pour protéger le sommeil. C’est la censure du rêve qui permet aux désirs de s’y trouver représentés. Avec la découverte du sommeil paradoxal, les scientifiques ont pu établir un lien entre sommeil paradoxal et possibilité de raconter des rêves. Les travaux de Jouvet et Hobson ont permis d’identifier les neurones impliqués dans le sommeil paradoxal. Mais pour ces chercheurs, le rêve n’avait pas de sens psychologique, il était simplement activé par la libération d’acétylcholine.
C’est sur cette base que M. Solms a entrepris ses propres recherches sur le rêve dans les années 1980. Il s’est intéressé à l’impact de lésions cérébrales sur la production de rêves, observant ainsi que des lésions du tronc cérébral n’affectaient pas la production de rêves, alors que d’autres lésions cérébrales entraînaient une perte des rêves, mais non du sommeil paradoxal. Il en a déduit que les zones responsables du rêve et du sommeil paradoxal n’étaient pas identiques.
Une production de dopamine accrue accroît la production de rêves. Il note aussi que les parties du cerveau impliquées dans la recherche du plaisir sont pleinement actives pendant les rêves.
Mark Solms mène actuellement une étude pour tenter de tester l’idée freudienne que le rêve protège le sommeil. Pour ce faire il s’est attaché à comparer des patients cérébro-lésés qui rêvent et des patients cérébrol-ésés qui ne rêvent pas. Il a ainsi observé que les patients qui rêvent dorment davantage et se réveillent moins que ceux qui ne rêvent pas.
Sur ce plan, les travaux scientifiques actuels semblent donc confirmer l’hypothèse freudienne du rêve gardien du sommeil.
René Roussillon a rappelé à ce propos que Freud avait proposé au fil de son œuvre plusieurs modèles du rêve : le rêve comme accomplissement de désir, le rêve comme permettant de revenir sur des éléments psychiques laissés de côté, de mettre en forme et de représenter des éléments traumatiques.
Mark Solms s’intéresse également actuellement aux patients qui ne rêvent pas (qu’ils souffrent d’une lésion du cortex visuel ou d’une autre partie du cortex) afin d’étudier l’impact de l’absence de rêves sur la régulation émotionnelle et la consolidation de la mémoire. Il souligne que si l’on ne peut certes observer certains phénomènes subjectifs comme les sentiments expérimentalement, on peut toutefois observer leurs corrélats physiques.


. la relation entre l’esprit freudien et le cerveau 
Sur ce plan, les travaux des neurosciences semblent non pas confirmer les intuitions freudiennes, mais au contraire pointer leur caractère erroné.
Il nous rappelle qu’un congrès de neuropsychanalyse a eu lieu à Berlin en 2010 sur le thème de la représentation du corps dans le cerveau.
Le corps y est représenté de deux manières différentes : il y a le corps externe que nous percevons et le corps interne (viscéral).
La perception du corps externe résulte des informations sensorielles reçues par le cortex et forme les contenus de la conscience.
L’appréhension du corps interne dépend du tronc cérébral, également en charge de la régulation hydrique, thermique… Le tronc cérébral remplit les fonctions que nous attribuons généralement au cortex. Un chat sans cortex continue à vivre et à être « conscient », mais sur un mode émotionnel.
On peut en déduire que la conscience éveillée ne dépend pas des impressions des sens. C’est une propriété endogène du cerveau générée de l’intérieur. Le niveau de conscience dépend du tronc cérébral qui génère également les états émotionnels de base (tristesse, bonheur, excitation, colère, faim, soif, fatigue). Lorsqu’il y a lésion du tronc cérébral, toute conscience disparaît.
La première forme de conscience, ce sont des sentiments de plaisir et de déplaisir qui permettent à un animal de prendre soin de lui. Les sentiments nuisibles nous empêchent de faire des choses nuisibles à notre survie ou à notre reproduction. Les instincts (survie, attachement…) sont innés. Ce sont intrinsèquement des stéréotypes émotionnels.
On ne peut donc pas avoir de conscience externe sans conscience émotionnelle et affective. Celle-ci est le fondement de tout. Elle nous permet de sélectionner ce qui est bon ou mauvais pour nous.
L’essentiel de la cognition est inconscient (on peut lire et percevoir des mots sans s’en rendre compte). Le but de la conscience, c’est de rendre les processus automatiques, puisque la conscience ne peut retenir que 7 éléments.
Dans son texte Le Moi et le Ça, Freud dit que le Moi dérive de la projection du corps externe et le Ça, qui est inconscient, de la conscience interne du corps. Ce n’est pas ce qu’indiquent les données des neurosciences : ce qui génère les instincts se trouve au fondement même de la conscience. Faut-il en conclure que le Ca est conscient et que le Moi emprunte sa conscience au Ça ? Le Ça obéit au principe de plaisir. Peut-on parler de plaisir inconscient ? Freud lui-même dit qu’il n’y a pas d’affect inconscient…
Dans la cure de parole, la parole allie les mots conscients aux processus profonds de l’esprit avant que le sujet puisse en prendre conscience.
Freud a évoqué le principe de plaisir et le principe de nirvana (anéantissement des tensions). Le principe de plaisir serait subordonné au principe de nirvana, souvent assimilé à la pulsion de mort. Mark Solms y voit pour sa part surtout un état idéal de vie sans tension. A ses yeux, les sentiments déplaisants nécessitent un travail psychique et c’est à la frustration imposée par ce travail psychique que permettent d’échapper des solutions comme le suicide, les addictions…
Pour les neurosciences, le Ça conscient est régi par le principe de plaisir. Mais qu’en est-il de l’inconscient pour les neurosciences?
Mark Solms nous invite ensuite à examiner la mémoire. Il distingue la mémoire de travail (à court terme) de la mémoire à long terme qui se décompose elle-même en mémoire déclarative (susceptible de devenir consciente) et mémoire non déclarative (qui ne peut devenir consciente). C’est la consolidation de la mémoire de travail en mémoire à long terme (déclarative) qui peut donner naissance à des pensées conscientes.
Pour les neuroscientifiques, l’inconscient correspond aux zones où les tâches s’automatisent.
Mais peut-on concilier ces deux conceptions ?
Lorsque l’enfant se trouve débordé par ses problèmes, il a tendance à automatiser des solutions inefficaces, car infantiles (ex la colère face à la frustration) qui perdurent. Ainsi se forme un inconscient cognitif fait de solutions automatiques qui satisfont les besoins.
Dans la discussion subséquente ont été abordés :
. la question de la traduction des concepts d’un champ dans un autre… La conscience psychanalytique est-elle identique à la conscience dont parlent les neurosciences ?
Une des questions soulevées par les travaux de Mark Solms est aussi celle des niveaux de conscience. De quel niveau de conscience parle-t-on dans l’un et l’autre champ ?
. la complexité de la pensée freudienne : Freud lui-même a dit différentes choses sur le Ca selon l’évolution de sa pensée. Il y voyait la mémoire des premières expériences psychiques…
. qu’en est-il de l’affect ? Comment se réfléchit-il dans la conscience ?
Le week-end s’est achevé avec l’évocation par Hélène Oppenheimer du travail clinique avec les patients cérébrolésés adultes, évocation qui faisait écho à ces interrogations et débouchait sur plusieurs questionnements : comment être psychanalyste avec ces patients qui souffrent d’une atteinte massive de la cognition ? Peut-on penser qu’ils (re)vivent le vécu de désaide du nourrisson ?
Géraldine Le Roy

Bibliographie
Solms M., Lechevalier B. (2002). Neurosciences and psychoanalysis. International Journal of Psycho-Analysis, 83, 1, 233-237.
Solms M. (2002). Une introduction aux travaux neuroscientifiques de Sigmund Freud, trad. F. Drossart, Journal de la psychanalyse de l’enfant, 31, 23-42. Bayard.
Solms M. (2015).
The feeling brain. Selected papers on neuropsychoanalysis, London, Karnac.
Solms M., Turnbull O. (2015).
Le cerveau et le monde interne : une introduction à la neuropsychanalyse, trad. F. Guenolé et G. Marcaggi, Paris, PUF, coll. Le fil rouge.







Comptes rendus des conférences du
Gerpen
Certaines conférences sont accessibles sur la page : Articles en téléchargement
« Ces comptes-rendus sont accessibles aux participants lors des weekends du Gerpen. »

Numéro 73, recueil 2014-2015

Novembre 2014
« Les Figures de la Parentalité »
Point de vue anthropologique et point de vue psychanalytique
- Maurice Godelier
« Sexualité, Prohibition de l’Inceste, Parenté et Parentalité »
« L’Imaginé, l’Imaginaire et le Symbolique »
- Didier Houzel
« Parentalité intérieure, parentalité extérieure et alliance avec les parents »
Janvier 2015
« Corps et Esprit dans le travail psychanalytique »
- Riccardo Lombardi
« Dissociation corps-esprit et transfert sur le corps »
Juin 2015
« Mise en scène dans la relation analytique, chez
les enfants autistes»
- Joshua Durban
« Transfert et contre-transfert dans le traitement des enfants
autistes »
« Mise en scène d’un espoir ou d’un désespoir »
- Maria Rhode
Discussion


Numéro 72, recueil. 2013-2014

Octobre 2013
« Autisme et psychanalyse » Centenaire de la naissance de Frances TUSTIN
Judith Mitrani. « S’effilocher, s’effriter, se répandre, une expérience non-mentalisée : seconde peau et découverte des racines transgénérationnelles d’un syndrome somatique. »
Suzanne Maïello. « Formes sans forme - le monde bidimensionnel impensable de l’autisme. »
Février 2014
André Carel .
« La causalité subjective dans la clinique, le comment du pourquoi. »
Mai 2014
« Œdipe chez l’enfant autiste »
Maria Rhode.
« la perception sensorielle chez les enfants autistes : influences des facteurs oedipiens. »

Numéro 71, recueil. 2012-2013

Octobre 2012
Jean Decety. « L’empathie » confrontation entre neurosciences et psychanalyse.
Février 2013
Hommage à Joyce McDOUGALL
Maria Rhode.
« Vers le fonctionnement symbolique. Enclaves autistiques, somatisations et contre-transfert corporel. »
Sylvie Consoli. « Nous sommes restés des psychanalystes » : histoire d’une transmission.
Florence Guignard. « Joyce McDougall, une conteuse de l’Inconscient. »
James Gammill. « Souvenirs personnels et professionnels de Joyce McDougall. »
Juin 2013
Antonino Ferro. « Formes de l’Onirique : Emotions, Rêves, Rêveries. »

Numéro 70, recueil. Novembre 2011. Janvier 2012. Mai 2012.

Novembre 2011
Gianna Williams.
« L’enfant à l'hôpital et sa famille" Regards psychanalytiques.         
Guy Moriette. « le nouveau-né en réanimation et ses parents"                         
Catherine Druon. "Un regard qui écoute... Une psychanalyste se penche sur les bébés hospitalisés en médecine néonatale. »                 
Janvier 2012
David Rosenfeld
"L'addiction aux ordinateurs et aux jeux video" Point de vue psychanalytique.
Mai 2012                  
André Carel. «  Les dépressions maternelles" Point de vue psychanalytique 
André Carel, James Gammill et les membres du GERPEN Table ronde


Numéro 69, recueil. Novembre 2010. Janvier 2011. Mai 2011.
Novembre 2010.
Hommage à Martha Harris. L’observation, un outil pour comprendre.

Meg Harris Williams. Moments de croissance et rôle de l’observation.
Margaret Rustin. L’observation, coeur de l’approche créative de Martha Harris de la formation psychanalytique. Réflexions 40 ans après.
Maria Rhode. Consultations familiales, dans le sillage de Martha Harris, avec des bébés à risques autistiques.
Gianna Williams. La discussion de travail. Une idée géniale de Martha Harris. expérience de discussion de travail avec des éducateurs d’enfants des rues au Mexique.
Janvier 2011
David Rosenfeld. Les pathologies graves de l’enfance et leur évolution à l’âge adulte.
Mai 2011
Teresa Flores. Processus d »’intégration et émergence de l’identité.


Numéro 68, recueil.
Novembre 2009. Janvier 2010. Juin 2010.

Novembre 2009
Les troubles précoces du développement et leur dépistage.
Filippo Muratori : «L’autisme comme conséquence d’un trouble de l’intersubjectivité primaire.»
Janvier 2010
David Rosenfeld. L’émergence de l’émotionnalité et de la symbolisation dans le traitement des désorganisations graves de la personnalité.»
Juin 2010
Vincenzo Bonaminio. Les troubles de l’identité sexuée à l’adolescence.
«Adolescence, la configuration oedipienne et les facteurs transgénérationnels.»


Numéro 66, recueil.
Novembre 2007. Janvier 2008. Mai 2008.

Novembre 2007
André Bullinger : «Sensorialité et émotionnalité primaire.»

Janvier 2008
Membres du Gerpen : Catherine Druon, Louis Edy, Geneviève Haag, Ann Levy, Anik Maufras du Châtelier, Jacqueline Tricaud.

Quels processus dans les thérapies  psychanalytiques des enfants ?

Table ronde :
Catherine Druon : « Les réflexions de Remy Puyuelo et James Gammill sur le co-processus ».
Louis Edy : « Quelques idées du processus et en particulier de l’introjection chez M. Klein »
Geneviève Haag : « Quelques définitions et propositions générales sur le processus analytique à partir de Freud ».
Ann Levy : « Processus selon W. Bion : «  Interprétabilité et interprétation ».
Anik Maufras du Châtelier : « Le processus chez les enfants avec autisme : l’héritage de F. Tustin ».
Jacqueline Tricaud : « Le processus analytique de D. Meltzer : avec les commentaires de James Gammill »

Mai 2008
Stéfano Bolognini. L’empathie dans les traitements d’adolescents : une approche clinique italienne.

Numéro 60 : Novembre 2005.
Hommage à Donald Meltzer.

Maurice Despinoy, Florence Guignard, Alberto Hahn, Mauro Mancia, Rosella Sandri, Gianna Williams.
Didier Houzel : introduction et présentation de Donald Meltzer
Table ronde autour du rêve :

Maurice Despinoy : « Une pensée en expansion. »
Florence Guignard : « Donald Meltzer : le rêveur rêvé. »
Alberto Hahn : « Sur la réceptivité des états émotionnels. »
Mauro Mancia : « Le rêve dans la pensée de D. Meltzer. »
Table ronde autour de l’émotionalité primaire :
Rosella Sandri : « Comment Donald Meltzer m’a appris… à danser ».
Gianna Williams : « Réflexions sur la réciprocité esthétique »

Numéro Spécial Hors Série : Novembre 2003.
Donald Meltzer à Paris. Recueil de textes.


Numéro 32 : Mars 1999.
« Evolution d’enfants autistes traités. Perspectives à l’adolescence et au seuil de l’âge adulte ».

James Gammill, Geneviève Haag, Didier Houzel.
James Gammill : « Brève évocation d’une transmission vivante : Klein, Meltzer, Harris, Bick, Tustin ».
Didier Houzel et Geneviève Haag : « Evolution des idées psychanalytiques sur l’autisme. Etat actuel de nos repérages».
Table ronde :
G. Haag – S. Bloch : Quels dispositifs ? Quels soins ? Intérêt d’une psycho-pédagogie spécialisée au long cours avec l’enfant et l’adolescent autiste parallèlement à la psychothérapie
Equipe de D. Houzel : Dépistage et traitements précoces, présence à domicile et intégration scolaire
A. Maufras du Châtellier : Intérêt de l’écoute attentive pré et post-natale pour le dépistage précoce
R. Prat : Travail avec les éducateurs et les soignants
J. Tricaud et autres intervenants : L’alliance thérapeutique avec les parents

Numéro 30 : Janvier 1995.
La séparation dans la cure chez l’enfant et chez l’adulte.

Yolanda Gampel, Joyce MacDougall, Lore Schacht.
Lore Schacht : « Bienvenue et Adieu ».
Yolanda Gampel : « Prendre congé du passé familial dans l’espace thérapeutique ».
Joyce MacDougall : « Angoisse de séparation et identité ».

Numéro 22 : Juin 1991.
La Dépression.

Jean Begoin, James Gammill, Bianca Lechevalier, Joyce MacDougall
James Gammill : «Réévaluation du passage de la position schizoparanoïde à la position dépressive à la lumière des approfondissements concernant la dépression primaire».
Geneviève Haag : Discutante.
Jean Begoin : «Etre ou ne pas être : entre dépression et position dépressive, le métabolisme de la souffrance psychique».
Didier Houzel : Discutant.
Bianca Lechevalier : «Hélène, Magali et Ali : Dépression au début de la vie. 3 évolutions différentes».
Joyce Mac Dougall : «Dépressions et somatisations : du deuil psychosomatique».
Florence Begoin-Guignard : Discutante.
James Gammill, Michel Haag : Intervenants.

Numéro 6 : Mars 1986.

Donald Meltzer : « Le Conflit Esthétique et son rôle dans le processus de développement psychique ».


Numéro 2 : Juin 1984.

Donald Meltzer : «L’Objet Esthétique».



Coordinateur des bulletins du Gerpen : Jacques Touzé.